lundi, 16 novembre 2020 18:30

Il y a neuf ans disparaissait Djamel Keddou...

Écrit par Youssef Zerarka
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Neuf ans déjà !

Il y a neuf ans jour pour jour, Djamel le Bab-El-Ouedien dans l'âme, Djamel le guerrier pacifique et le compétiteur hors-pair tirait sa révérence. Je partage, ici, l'hommage que je lui avais rendu à chaud. Un texte publié dans plusieurs quotidiens et hebdomadaires de la presse nationale.
Adieu Djamel, adieu le bon, adieu l'artiste
Terrible exercice que de parler de quelqu’un au passé simple ou au mode posthume. Surtout quand il s’agit d’un ‘’oulid el houma’’, un enfant du quartier dont on croisait la silhouette au quotidien. Djamel Keddou n’est plus. Coup de sort terrible et prévisible, l’ex-international a tiré sa révérence. Bab-El-Oued et, au-delà, les terres ‘’usmistes’’ et l’Algérie du football le pleurent à chaudes larmes. ‘’Djamalou’’, comme on l’appelait affectueusement au bas des ‘’Trois Horloges’’, était plus qu’un ‘’oulid el houma’’. C’était un juste, un homme avec un grand ‘’H’’. Il était la bonté personnifiée.
Je perds -- nous perdons -- un nom emblématique de Bab-El-Oued. Jusqu’à l’été dernier, le bruyant et coloré quartier s’était habitué à cette silhouette joviale et longiligne qui conférait aux lieux une allure de sport. De sept ans mon ainé, ‘’Djamalou’’ a imprimé, une cinquantaine d’années durant, son empreinte à Bab-El-Oued. De la place Lelièvre où il avait appris les rudiments du foot à la place de Provence et de la rue des Moulins à l’avenue des Consulats, Djamel a trôné sa silhouette de ‘’Bab El Ouedien’’ pur authentique. Djamel a aimé Bab El Oued et Bab El Oued l’a adopté pour la vie.
Adolescent, je le voyais arpenter les rues du quartier avec son physique de citadelle digne des défenses les plus hermétiques. Journaliste, j’éprouvais un plaisir fou à discuter quotidiennement avec lui. Ses connaissances et son objectivité éclairaient ma lanterne et nourrissaient mon back ground de journaliste en herbe, soucieux de bien débuter dans le métier.
Postérieurement, je lui dois beaucoup. Je lui dois de m’avoir appris à bien ‘’refaire le match’’ comme dirait notre confrère français, le très provincal Eugène Saccomano. Tel un rituel, cela se passait au seuil du Café de L’Equipe. Là où, à longueur d’année, la ‘’tchatche’’ footballistique avait des allures de rédaction sportive. En cela, je lui suis reconnaissant. Je ne le remercierai jamais assez de m’avoir pertinemment conseillé, moi qui étais si rétif à l’exercice pénible du commentaire de match.
Lorsqu’une nièce -- Amel pour ne pas la nommer -- m’a téléphoné, hier, pour m’annoncer la triste nouvelle, mes yeux n’ont pas résisté à la peine d’une larme. Depuis aout dernier, je savais ‘’Djamalou’’ épuisé par la maladie, je le savais souffrant. Mais j’étais loin de penser que lui le robuste, lui la citadelle infranchissable de l’USMA et des Verts, allait nous quitter brutalement. A la fleur de l’âge, à la veille de son 60e printemps. La dernière fois où je l’avais vu, c’était, voici quelques années, à la faveur d’un tournoi dédié aux jeunes à Tremblay en France en banlieue parisienne. Organisateur de l’opération, Abdelkader Drif l’avait invité à accompagner de talentueux bambins du quartier de l’Apreuval (Kouba).
Comme toujours dans ce genre de circonstances pénibles, l’homme qui vous quitte se rappelle à votre souvenir au travers d’images multiples et diverses. Contre toute attente, des clichés du défunt se mettent à tourner, tel un ‘’diapo’’, dans votre mémoire. De ‘’Djamalou’’, la mienne en garde plusieurs. La plus forte date de trente ans. Flash Back : nous sommes en juin 1981, j’ai 22 ans et ‘’Djamalou’’ 29.
Après plusieurs essais infructueux, l’USMA vient de mettre enfin la main sur Dame Coupe. Cela se passe dans le stade flambant neuf de Sid Bel-Abbès lors de la première finale disputée hors d’Alger. Les ‘’terres usmistes’’ sont en effervescence. Bab-El-Oued, la Casbah, Soustara brulent d’envie de voir de si près ce trophée qui a tant fui les ‘’Rouge et Noir’’. Cette coupe qui a ‘’tourné le dos’’ à une génération talentueuse d’’’usmistes’’ (El Okbi, Bernaoui, Meziani, Guitoun, etc).
Aux confluents du boulevard de Provence, de l’avenue des Consulats et de l’avenue Durando, une foule des grands jours célèbre le mémorable instant. Elle danse au rythme de ‘’tubes’’ footballistique qui ont fait le succès de la galerie ‘’usmiste’’ et lui ont valu – dans la bouche des adversaires mouloudéens -- l’appellation de ‘’messamâa’’, ces orchestres féminins très prisés dans les fêtes familiales.
Il est minuit passé. Cela fait quatre bonnes heures que Djamel Keddou avait reçu, en capitaine rayonnant, le trophée des mains du président Chadli. Le ‘’bouche à oreille’’ – comme disait notre (défunt) doyen Mokhtar Cherrgui, un ‘’usmiste’’ lui aussi – commence à faire son œuvre. Les vainqueurs viennent d’embarquer de l’aéroport d’Oran à bord d’un avion régulier ‘’retardé’’. Chacune des ‘’terres usmistes’’ veut être le premier point de ralliement des vainqueurs. Qui de Bab-El-Oued, la Casbah ou Soustara accueillera le premier Dame Coupe enjolivée de rubans satinés rouge et noir ? Et si le bus transportant les vainqueurs transitait – sens de l’itinéraire oblige – par Soustara avant de ‘’descendre’’ vers Bab El-Oued ? Les questions fusent mais sans réponses.
Les premières lueurs de l’aube éclairent le ciel de Bab El-Oued. Aux environs de 3 heures du matin, une immense clameur se lève. Du haut de l’avenue Durando, un bus blanc ‘’griffé’’ Mercedes-Benz slalome, tel un escargot, entre la foule. Il lui faut une bonne demi-heure pour atteindre, sur un tronçon de trois cents mètres, la station de bus Provence. Installé à l’avant du bus, chapeau de cowboy vissé sur la tête, le ‘’capitaine Djamel’’ arbore fièrement le trophée tant désiré. Le voici qui charme Bab El Oued en attendant de continuer son périple triomphant vers Soustara et la Casbah.
Avec mes amis Mohamed Benkhaoula – ‘’Moh yeux bleus’’ pour les intimes – et Saïd Tamar, j’essaye de me rapprocher du bus. Histoire d’apprécier le trophée de si près. Peine perdue ! Nous ne rattraperons quelques jours plus tard à la faveur d’une fête familiale sur une terrasse du 1 bd de Provence (Basta Ali). Dame Coupe est là, trônant, majestueuse, sous les yeux d’El Hachemi Guerrouabi.
‘’Usmiste’’ lui-aussi, le maître du chaabi s’en donne à cœur joie, dopé par le succès tant attendu. Ce soir là, il n’entonnera pas ‘’wachan hada ya aajaba el assima zhat el youm’’, son tube à la gloire du club de son cœur. Cérémonie de mariage oblige, il interprétera un répertoire propice au moment. En guise d’entrée en matière, une superbe ‘’Noubet soltane’’, la ‘’touchia’’ que Djamel Keddou, présent pour la circonstance, aime tant. Comme il a aimé le cheikh du chaabi et ‘’déguste’’ sa voix mielleuse jusqu’au soir de sa vie. Adieu ‘’Djamalou’’, adieu le footballeur talentueux, adieu l’artiste, adieu le bon.

Par Youssef Zerarka

Cet hommage lui a été rendu par un enfant de Bab el Oued. Un journaliste de grande valeur, supporter du camp adverse mais néanmoins ami du regretté Djamel

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