mercredi, 19 août 2020 17:04

Rachid Debbah – l’arrière gauche qui avait le monde à ses pieds

Écrit par Mustapha Tidadini
Évaluer cet élément
(4 Votes)

La carrière de footballeur peut vous combler dans la vie mais elle peut être aussi cruelle et vous laisser un goût amer.

Comme une épée à double tranchant, Rachid Debbah peut certainement prétendre avoir connu les deux extrêmes du spectre du football car à la satisfaction d’avoir fait partie de certaines périodes spéciales de l’USMA a succédé une retraite loin d’être sécurisante.
Rachid Debbah était un joueur dont la trajectoire de carrière était de forte montée à la fin des années 60 – début des années 70. Elle aurait pu lui valoir d’être distingué pour de plus grandes choses.
La définition non conventionnelle de Debbah de l'art de défendre - à savoir d'attaquer - a attiré les éloges de personnes averties et il semblait avoir le monde à ses pieds.
A l’instar du latéral droit Hamid Berrahma, Debbah, sur son côté gauche, était devenu un précieux débouché offensif, faisant à maintes reprises des courses sur le terrain pour soulager la pression et manger des secondes inestimables.
Rachid était souple, agile et athlétique et son rythme faisait de lui un ailier naturel. Il n'avait pas la force brute, mais ses qualités défensives ont été notées et Debbah a remodelé son jeu pour finalement renverser les meilleurs en tant qu'arrière gauche établi.
Sous la conduite des techniciens qui l’ont eu sous leur coupe, Mohamed Maouche, Salah Achour, Abdelhamid Bellamine, Ahmed Zitoun et autre Abdelghani Zitouni, Debbah a été en mesure de redéfinir la nature de la position d’arrière gauche, effectuant de fréquentes descentes qui se chevauchaient et, avec Aïssaoui en tandem, devenant le principal point d’attaque des Rouge et Noir.
Rachid Debbah était un défenseur discipliné, mais il avait un œil pour le risque et l'offensive qui est devenue la norme chez l'arrière gauche moderne

Il y a quelques jours, Hamid Berrahma, qui fut son coéquipier à l’USMA, dira de lui qu’il était l’un des plus grands arrières gauches de son époque, sinon le plus grand. Il ajoutera, amer, que celui qui a écrit une belle page de l’histoire de l’USMA des années 60-70 a, tout simplement, été oublié par le club…Malheureusement !

Hamid Berrahma reviendra sur les débuts de Debbah chez les jeunes de l’USMA. Rachid fut repéré alors qu’il jouait des parties de foot inter-quartiers à Climat de France. Conseillé par des amoureux du jeu à 11 qui avaient l’œil, Rachid alla « disputer » sa place chez les Rouge et Noir. Il fut retenu et c’est tout naturellement qu’il atterrit dans ce club de la Casbah, lui qui habitait la citadelle.
Après une première licence signée en 1963 chez les Rouge et Noir, Rachid allait connaître une ascension fulgurante à laquelle lui-même ne s’attendait pas.
Berrahma dira, qu’à l’image de l’emblématique footballeur Abderrahmane Defnoune, Debbah allait révolutionner son couloir gauche en ne se contentant pas de défendre seulement, mais en attaquant aussi comme il le faisait lui-même sur le flanc droit, puis comme le fera plus tard Rachid Lalla.
Dans une interview qu’il avait accordé en mai dernier à un organe de presse nationale (Le Soir d’Algérie), Rachid Debbah revenait sur ses débuts au sein des seniors de l’USMA. Il n’avait alors que 18 ans et jouer aux côtés des El Okbi - Kanoune - Oulkhiar - Belbekri - Saadi – Ahmed Zitoun - Guitoun - Meziani – Aissaoui et Bernaoui avait de quoi impressionner les plus audacieux. Heureusement, rappelle-t-il, que le regretté Hamid Bernaoui l’avait très bien accueilli facilitant ainsi son intégration parmi ses aînés. C’est d’ailleurs grâce à Hamid Bernaoui qu’il arrivera à percevoir l’argent des primes de matchs qui lui était remis à l’intérieur d’une enveloppe. Il faut dire que Rachid Debbah était encore très jeune et qu’à ce titre n’avait pas droit aux primes de matchs.
Des primes dérisoires comparativement à ce que touchent actuellement nos joueurs de foot (75 DA pour un match nul et 150 DA pour une victoire !!!).
Dans une autre interview accordée au même organe de presse quelques années plus tôt (novembre 2018), Rachid Debbah se montrera amer. Il avouera ne garder que de mauvais souvenirs de son passé de footballeur.

Il dira qu’après avoir défendu loyalement les couleurs de l’USMA pendant 15 ans et celles de l’équipe nationale (05 sélections), il a vite été oublié au point que sa précaire situation sociale n’a attiré l’attention d’aucun responsable de son club de cœur, ni celle des responsables de la fédération algérienne de football et encore moins celle du ministère de tutelle. Ecoeuré, il dira que le football ne lui a rien donné. Dépité mais digne, Rachid Debbah n’omettra pas de signaler que s’il ne s’est pas retrouvé à la rue il le doit à son père qui, jusqu’au moment où l’interview avait été réalisée, l’hébergeait sous son toit, lui, son épouse et ses enfants.
A la question de savoir pourquoi il ne s’était pas reconverti en embrassant, par exemple, une carrière d’entraîneur, Rachid Debbah dira qu’il en a été empêché par les nombreux problèmes familiaux auxquels il avait été confronté.
L’USMA lui a tourné le dos au moment où il avait besoin d’aide. Le football est ingrat, lâchera-t-il, déçu par l’attitude des responsables du club auquel il avait consacré de nombreuses années de sa jeunesse.

Rachid Debbah débuta en équipe fanion au milieu des années 60 et ne la quitta qu’à la fin de la saison 72-73. De nombreuses saisons au cours desquelles il disputa 4 finales de coupe d’Algérie dont 1 en tant que remplaçant.
C’était contre Hamra Annaba au stade du 5 juillet d’Alger au mois de juin 1972. Rachid, blessé, était souffrant durant toute la semaine ayant précédé le match. L’entraîneur Ahmed Zitoun l’avait quand-même mis sur le banc des remplaçants. Debbah fit son entrée à la place du jeune Hamici au poste inhabituel d’ailier gauche. L’USMA s’inclina pour la 4ème fois consécutive au stade suprême d’une compétition qui tournait le dos une nouvelle fois aux Rouge et Noir (2-0 ap - 25 juin 1972)

Trois ans auparavant (1969), il avait joué sa première finale de coupe d’Algérie et la première de l’USMA, perdue en deux manches devant le CR Belcourt (1-1 ap, puis 5-3 ap - 8 et 12 juin 1969)
Il prit part à celle de la saison suivante disputée et perdue une nouvelle fois par l’USMA devant le même adversaire (1-1 ap puis 4-1 - 20 et 28 juin 1970)

Ayant écopé d’une suspension devant l’USM Khenchela en demi-finale « aller », il ne joua pas la 3ème finale consécutive de coupe d’Algérie que l’USMA disputa et perdit, cette fois-ci devant le MCA (2-0 - 13 juin 1971)

Il était encore présent à sa 4ème finale de coupe d’Algérie, la 5ème consécutive pour l’USMA qui s’inclina devant le MCA (4-2 ap - 19 juin 1973).

Rachid Debbah participa à l’accession de l’USMA en première division à la fin de la saison 68-69, mais goûtera à l’amertume de la relégation lorsque les Rouge et Noir rétrogradèrent en deuxième division (saison 71-72).
Une saison plus tard, il ratera d’un cheveu l’accession en première division avec l’USMA en terminant 2e à deux points du leader boufarikois (1972-1973). C’était la dernière saison de Rachid Debbah avec les Rouge et Noir.

Avec l’USMA, sur le plan international, Rachid Debbah participa à la première compétition internationale post indépendance des Rouge et Noir. C’était en septembre 1969, à l’occasion d’un tournoi final de la Coupe Maghrébine des Clubs Vainqueurs de Coupe qui s’était déroulé à Casablanca. Le tournoi avait regroupé quatre équipes (USM Alger - Renaissance de Settat – Club Africain et le club libyen de Benghazi) et avait permis aux usmistes d’atteindre la finale qu’ils perdirent devant la formation marocaine de la Renaissance de Settat (1-0).
Une année plus tard, il jouera pour la deuxième fois consécutive le tournoi final de la Coupe Maghrébine des clubs vainqueurs de coupe qui s’était tenu à Tunis. Outre l’USMA, avaient participé à ce tournoi les clubs tunisiens du Club Africain et de l’Avenir Sportif de la Marsa ainsi que la formation marocaine du WA Casablanca.

L’USMA s’inclina au cours des deux matchs qu’elle disputa. Une première fois devant le Club Africain du légendaire gardien de but Attouga (1-0) puis face aux wydadis de Casablanca (3-1).

Tous les entraîneurs qui l’ont eu sous leur coupe, en catégories jeunes ou en sénior n’ont pas tari d’éloges sur Rachid Debbah. Qualités physiques et techniques avérées et moralité irréprochable.
Rachid a aimé l’USMA plus que tout au monde ! Un club qui n’a pourtant pas été là au moment où il avait le plus besoin d’aide et de reconnaissance.

Un petit jubilé organisé en sa faveur du temps de Saïd Allik et une aide de l’Association des anciens internationaux algériens que présidait Ali Fergani,…sans plus.

Rachid Debbah a bien été invité à se joindre à ses anciens coéquipiers pour célébrer le 6ème titre de champions de l’USMA (2013-2014), mais, contrairement à certains de ses anciens coéquipiers, il n’a pas reçu de la part des dirigeants usmistes de l’époque, les honneurs qui sont dus à ceux qui ont porté haut les couleurs du club.

Lorsqu’il lui arrive d’en parler, Rachid Debbah est envahi par une indicible tristesse.

L’USMA aurait pu faire un geste en sa direction comme le veulent les codes et usages dans les grands Clubs. Elle ne l’a malheureusement pas fait, mais elle peut se rattraper en rendant le sourire à Rachid…sous une forme ou sous une autre !   

 

Lu 1440 fois Dernière modification le jeudi, 20 août 2020 11:28

2 Commentaires

  • Lien vers le commentaire cataldo andré mardi, 27 octobre 2020 19:22 Posté par cataldo andré

    rachid est mon ami d'enfance; ses parents et les miens étaient très proches, du meme quartier
    rachid a fait parti de l'équipe de l'ambassade de france à alger dans les années 1970 il a laissé un excellent souvenir
    un grand footballeur et un garcon bien sympa
    je l'embrasse bien fort

  • Lien vers le commentaire Berrahma mercredi, 19 août 2020 22:38 Posté par Berrahma

    Un très bon article sur Rachid DEBBAH ! Mais c´est le grand talent de narrateur de Mustapha Tidadini qui nous captive jusqu´à la fin du récit. Une phrase qui illustre bien la carrière de mon ami Rachid : "La carrière de footballeur peut vous combler dans la vie mais elle peut être aussi cruelle et vous laisser un goût amer." Mes compliments, Monsieur TIDADINI, du Grand FranCais, que peu d´Algériens peuvent encore maîtriser.

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'entrer toutes les informations requises, indiquées par un astérisque (*). Le code HTML n'est pas autorisé.